PORT D'AGADIR : HISTORIQUE

Plan de situation du port d’Agadir
Les
portugais s’installèrent à Agadir dès le début du XV° siècle, Ils
construisirent au pied de l’éperon montagneux qui domine la baie une
forteresse, qui devint plus tard le quartier Fonti, à laquelle ils donnèrent
le nom de Santa Cruz du Cap de Ghir. Ils durent la quitter en 1541.
Au
XVIIe siècle Agadir (Sainte Croix ou Santa Cruz de Mar Pequeña ou Santa Cruz
de Beibeira) était un grand port où le drap et le blé européens s'échangeaient
contre l'or du Soudan ou de Guinée et le sucre du Souss. Des négociants
français, hollandais, danois, anglais, portugais et espagnols ne cessèrent
de s’y disputer l’influence, car le port était devenu le débouché du
Soudan.
Les
plantations de canne à sucre, alors nombreuses dans le Souss, ne disparurent
que vers le milieu du XVII° siècle devant la concurrence des Antilles et du
Brésil.
En
1762 le port fut confié en gérance, c’est à dire en location sous
contrat, à un dénommé Ben Isso. Mais en 1773 le port fut fermé au commerce
au profit de Mogador (Essaouira), et la ville tomba en désuétude. Il ne fut
plus question de sa rade jusqu’à la fin du XIX° siècle, où, vers 1894,
des commerçants allemands entreprenants, à la tête desquels dans la suite
se trouvèrent les frères Mannesmann, s’installèrent dans le Souss, et y
occupèrent les terres cultivables, les terrains miniers et le commerce.
Puis
à partir de 1911, suite à l’affaire de la canonnière allemande Panther,
Agadir devint peu à peu une base navale, et fut même dotée, en 1916,
d’une base aérienne. Le port commença à enregistrer une grande activité.
On envisagea alors, la construction d’une digue nouvelle auprès de pointe
Founti, pour abriter les petits navires, et même la création d’un véritable
port de 80 hectares, avec quais et terre-pleins. Mais ce projet fut grandement
contrarié par la première Grande Guerre
Mais l’histoire du complexe portuaire d’Agadir tel que nous
le connaissons aujourd’hui ne commence qu’en 1917. Le site est abritée des grandes ondes de l'Océan
par le promontoire du Cap Ghir.
A partir de1917, le môle, dit "jetée portugaise", situé au
pied de « Founti », fut aménagé et remblayé pour le stockage des
matériaux de construction de la grande digue qui devait être la pièce maîtresse
du port sur le plan des ouvrages..
Et
en 1918, la digue n’avait qu’une centaine de mètres de longueur.
De 1917 à 1920 la digue de protection fut construite sur 206 mètres.
C’est une digue de type à talus, comprenant, un noyau en éléments de 100 à 1000
kg, des couches d’enrochements de protection dont les éléments sont de
dimensions croissantes en s’écartant du noyau (catégorie de 1 à 4 tonnes et de
4 à 8 tonnes) et la carapace extérieure composée de blocs parallélépipédiques
de 40 à 45 tonnes. Le couronnement, arasé à +6.55 m, est constitué par une
galette de béton coulée sur place de 13.5 m de largeur sur laquelle se déplace
l’engin de pose des blocs, une grue Titan.
La digue fut astucieusement édifiée en plusieurs étapes, chaque tronçon
bénéficiant de l’ensablement provoqué par le tronçon précédent. Seul le dernier
tronçon de 100 m de longueur fut construit côté port dans une souille à –12 m
de manière à réserver la possibilité de dragages sans provoquer
d’affouillements au pied de l’ouvrage.
De 1920 à 1937, la jetée de protection a été allongée de 26 mètres et
l'aménagement des terre-pleins a été entrepris avec la construction des bâtiments
actuels du port: magasins, hangars, immeuble du service de l'aconage.
Jusqu’en 1930, Le port d’Agadir n’était autorisé qu’à l’introduction de certaines denrées : blé, orge, maïs, sucre, thé, nécessaires aux besoins locaux.
En 1930, pour mettre en valeur la riche plaine du Souss, le port d’Agadir fut officiellement ouvert au commerce international. Cette décision entraînera le déclin du port d’Essaouira (Mogador).
Par
ailleurs, dans les années 1930, Agadir était une étape
importante de l’aéropostale: Saint-Exupéry et Mermoz y font escale, passant
ensuite par le cap Juby et Villa Cisneros (Tarfaya et Dakhla) avant la
traversée de l'Atlantique. Les soirs de la venue du «taxi de Paris», en
guise de balises, des feux de branchages étaient allumés sur un terrain vague
sommairement aménagé. Une ligne téléphonique côtière, Agadir-Kénitra (Port
Lyautey à l’époque) contribua à désenclaver la ville.
En
1931, un quai de 85 mètres, avec cale de débarquement, permettait tout l’été
de faire des déchargements dès la mi-marée. Ce quai était équipé d’une
grue à vapeur fixe de 6 tonnes et de 2 grues roulantes à vapeur de 3 tonnes.
En
1937, la jetée de protection a été allongée de 26 mètres et l'aménagement
des terre-pleins a été entrepris avec la construction des bâtiments actuels
du port: magasins, hangars, immeuble du service de l'aconage.
De 1937 à 1938, l'allongement de
la jetée s'est poursuivi jusqu'au point métrique 332.
De 1940 à 1952, la jetée a été
conduite au point métrique 940.
Un épi en enrochements de 275 mètres, ferme le petit bassin à l'Est. La
halle aux poissons, commencée en 1948 a été achevée en 1950.
Les travaux concernant la construction, au pied du
Founti, d'un grand
bassin de 30 hectares, pour le commerce, ont démarrés en 1950 et furent
terminés en 1953. La cimenterie d'Agadir est entrée en service au début de
septembre 1952. Le pilotage a été rendu obligatoire par arrêté du 30 septembre
1952 applicable à la date du 15 mars 1953. Les navires étaient placés à quai et
mis au travail dans l'ordre de leur arrivée. Seuls les cargos, venant embarquer
des agrumes, jouissaient d'une priorité entière sur tous les autres.
L'exploitation du port, notamment la Capitainerie, était assurée par
l'Administration des Travaux Publics.
Un certain nombre de services du port furent confiés à l'Auxiliaire Maritime du port d'Agadir (AMPA): la halle au poisson à partir du 1er juin 1951 et l'aconage à partir du 1er juillet 1952.

Embarcations de pêche
artisanale à l’abri sur la plage du port d’Agadir en 1918 (à l’emplacement
actuel du port de Founti)

La rade d’Agadir en 1920 : au premier plan « Sidi Bouknadel » et au fond la jetée de protection longue, à l'époque, de 206 mètres.


Le phare du cap Rhir
:A cet endroit, les pentes du Haut Atlas
plongent dans l’océan d’une hauteur de 360 m.

Vue générale aérienne du port en 1952

Agadir : le port de pêche en 1952

1956 Port d’Agadir : quartier Talbordj au premier plan, la casbah au sommet de la colline, et le port.

Port d’Agadir en 1957 : On distingue au fond la digue principale en construction. Au pied de la colline on distingue le quartier Fonti. Au premier plan on aperçoit le quartier Talbordj.

Port d’Agadir en 1959 : quartier
Talbordj au premier plan, la casbah au sommet de la colline, et le port.
En 1960, le 29 février à 23H41mn, un
tremblement de terre ébranla fortement, pendant quinze secondes, une partie de
la ville. Plusieurs lames de fond de six mètres de hauteur accompagnèrent le
séisme, et sur certaines plages, des
vagues puissantes balayèrent le sable sur de grandes profondeurs.
Il fut précédé de deux secousses
annonciatrices. La première eut lieu le 23 février; la deuxième, beaucoup plus
forte se produisit le 29 février à 11H45mn, soit douze heures avant la
catastrophe. Cela donna lieu à une rumeur, non fondée, selon laquelle le séisme
serait en corrélation avec la marée et suivrait le cycle lunaire.
Malgré sa magnitude relativement
modeste, 5.9 sur l’échelle de Richter, ce tremblement de terre dont l’épicentre
se trouvait à 60km au large, au droit du canyon d’Agadir, entraîna la
destruction totale d’une partie de la ville. L’ampleur des dégâts s’explique
par l’effet guide d’ondes joué par la bande étroite du fond du canyon.
Celle-ci assura le transport, puis la focalisation de l’énergie sismique qui
frappa de plein fouet la faible surface occupée par le quartier Nord Est. Il
est clair qu’il faudra dorénavant éviter de construire des habitations dans ce
secteur.
Par contre, la large baie d’Agadir a, par réfraction expansive, atténué les effets destructeurs du tsunami correspondant, épargnant ainsi les installations portuaires. Épargné, le port d'Agadir avait néanmoins subi de gros dégâts (grues renversées et magasins effondrés).

Effet du seisme d’Agadir (29 février 1960) sur les ouvrages portuaires. D’après R. AMBROGGI

Sur le port, seule la koubba du marabout Sidi Bouknadel résista au choc qui accompagna le séisme.
Pour la petite histoire, rappelons que jusqu’à cette date, la menace sismique était considérée en France, comme inexistante, même dans les régions les plus exposées. Et ce n’est qu’à la suite de cet événement que furent élaborées les premières réglementations de constructions parasismiques.
La ville
fut rapidement reconstruite, et le trafic du port redémarra très vite.
Après le séisme, entre 1960 et 1972,
des travaux en vue d'assurer le trafic des primeurs et agrumes, et de favoriser
les activités de la pêche, furent réalisés. L'acquisition d'une grue
auto-porteuse de 700 m3 de capacité a été rendue nécessaire par les travaux de
maintenance entrepris. Le quai sud du bassin de commerce fut prolongé sur 200
m, et 350 m de quais au port de pêche furent construits.
Le 20 février 1966, une houle forte (9 à 15 m de creux significatif au large), de direction WNW et de longue période de l'ordre de 18 s, conséquence d'une tempête océanique d'une durée exceptionnellement longue (48 heures), atteignit les côtes d’Agadir. Au niveau de la grande digue les vagues n’avaient, du fait du prédéferlement, plus que 6 mètres de creux. Mais entraînèrent néanmoins d'importants dégâts dans le port. Au niveau du PM 450 des blocs de 40 tonnes furent projetés sur la plate forme. Les voies de service de la grue Titan et les chemins de fer furent emportés depuis le PM 560 jusqu’à l’extrémité de la digue. De même la canalisation d’hydrocarbures fut arrachée sur près de 150 m.

Tempête du 20 février 1966 : Au PM 900 de la grande jetée, rails déformés et blocs du couronnement projetés.

Ancien port d’Agadir en 1972 : passe d’entrée et houle déferlante sur la flèche de sable.

1972, Ancien port d’Agadir : Le port de commerce

1972, Ancien port d’Agadir : port de pêche et enracinement de la grande jetée

1972, ancien port d’Agadir : partie EST du
port et zone touristique et balnéaire
En 1972, la gestion du port d’Agadir
fut retirée à l’Auxiliaire Maritime du Port d’Agadir pour être confiée à la
RAPC.
En 1975, le quai pour agrumes, de 340 m de long, fut construit.

Le complexe portuaire d’Agadir en 2001
LE SEISME D’AGADIR DANS SON CADRE GEOLOGIQUE, d’après R. AMBROGGI


AGADIR : Ancien port et Quartiers de la ville.

Carte isoséiste de la ville d’Agadir et zone suburbaine.

Carte de répartition des zones d’Agadir par
risque décroissant.