PORT DE MOHAMMEDIA : Histoire

   Historique de la construction du nouveau port de Mohammedia

   Historique de l'ancien port de Mohammedia et de son hinterland

   Nouveau port de Mohammedia 1987-1998: Historique comparé

Historique de la construction du nouveau port DE MOHAMMEDIA

1. LE PROJET

1.1. Généralités

L'ancien port de Mohammedia est situé à l'abri du Cap de Fédala, formation rocheuse se prolongeant dans la mer en direction à peu prés de Sud-Ouest à Nord-Est.

Le port de Mohammedia en 1979, avant la construction de la grande digue.

Les isobathes (-20m) et (-30m) se trouvent respectivement à 2500 m et à 4000 m de la côte. Le marnage est le même qu'à Casablanca, c'est à dire de 3,50 m au début du printemps et de l'automne ; au cours de l'année, il varie de +0,40 m à +3,90 m.

Dans toute la suite, les altitudes seront repérées relativement au zéro hydrographique. Aussi, il faudra garder à l'esprit que par rapport à cette origine, il y a 4 m d'eau à ajouter  à marée haute.

Dès 1950, la présence de grandes profondeurs très près de la côte fut à l'origine de la décision de faire de ce site  un grand port pétrolier. Cependant on s'en était tenu, dans un premier temps, à l'utilisation de postes sur bouées reliés à la terre ferme par des sea-lines. Cette situation devait d'ailleurs durer jusqu'en 1987.

Port de Mohammedia en1970 : Un pétrolier en opération au poste sur bouée reliée aux sea-lines.

Et c'est la demande croissante en hydrocarbures qui a fait germer à nouveau, au début des années soixante dix, l'idée déjà ancienne de construire des postes abrités par une digue.  

1.2 Projet initial

Comme déjà signalé, le tout premier projet d'extension du port de Mohammedia date de 1950. Il comportait une digue abri, analogue à celle que l'on peut voir aujourd'hui, et le long de laquelle deux postes pétroliers étaient implantés. Mais ce projet devait rester sans suite ; Cependant, l'étude réalisée en 1952 par la société Grenobloise d'Application Hydraulique, mieux connue sous l'appellation SOGREAH était d'un grand réalisme. Car aujourd'hui encore, c'est à dire un demi siècle plus tard, les principaux problèmes cités dans cette étude demeurent toujours d'une brûlante actualité. Et il n'est donc pas sans intérêt de les reproduire in extenso:

Les  problèmes posés par le projet d’extension du port de Mohammedia (1952)

Trois problèmes d’hydraulique maritime, susceptibles d’être étudiés expérimentalement en laboratoire peuvent se poses.

a- Le problème du meilleur tracé en plan et de la détermination d’un profil stable et économique pour l’ouvrage de protection contre la houle :

On sait que la houle contourne l’extrémité des digues, par diffraction et qu’aucun point d’un port n’est par conséquent totalement abrité de la houle du large. Les phénomènes de réfraction (influence des fonds) et de réflexion (influence des divers ouvrages, quais, falaises rocheuses…) viennent s’ajouter : la complexité du réseau d’agitation est telle que jusqu’à présent, seule une étude expérimentale, conduite à une échelle suffisante, permet de choisir le tracé d’ouvrage qui paraît le plus efficace pour assurer la protection du plan d’eau contre la houle.

  C’est cette étude qui nous a été confiée par la compagnie du port de Fédala. Elle doit être poursuivre ensuite par les études complémentaires permettant de préciser le profil de l’ouvrage de protection lorsque son tracé définitif aura été arrêté.

Toutefois deux autres problèmes peuvent se poser.

b- Le problème d’un ensablement éventuel du futur port pétrolier ou du port actuel, après la construction du nouvel ouvrage envisagé :

La faible importance des dragages effectués depuis 1935 ne paraît pas justifier une étude complète de ce problème qui nécessiterait un modèle autre que celui sue lequel nous avons étudié le tracé en plan de l’ouvrage de protection. Toutefois il est vraisemblable que la construction du nouvel ouvrage, en modifiant les conditions actuelles d’attaque de la plage de Fédala par la houle, puisse peut-être entraîner une rupture de l’équilibre actuel de cette plage et son évolution vers un nouvel équilibre de cette modification éventuelle des fonds.

c- Le problème des seiches dans le nouveau bassin

Compte tenu du fait que des seiches ont été observées dans les bassins du port de Casablanca, on peut se demander si  de tels phénomènes de résonance qui semblent provoqués par les ondes longues accompagnant les trains de houle, ne se produiraient pas également en conclusion de ce rapport quelques réflexions à ce sujet. Disons dès maintenant, que ce problème exigerait pour être étudié expérimentalement un modèle à une autre échelle car les limites devraient en être beaucoup plus lointaines puisqu’il n’est pas exclu que les réflexions sur une portion assez vaste de la côte d’une part, la réfraction sur le plateau continental d’autre part, pour ne citer que deux aspects du choix des limites, puissent exercer une influence sur les seiches éventuelles du futur port  pétrolier. Le réglage d’un tel modèle exigerait de plus de nombreuses mesures préalables « in situ ». (fin de citation)

 

Le projet fût relancé au milieu des années soixante dix. L'étude fut à nouveau confiée à SOGREAH,  en collaboration avec le Laboratoire Central d'Hydraulique de France (L.C.H.F.). Il s'agissait de construire:

- Une jetée principale d'une longueur de 2585 m qui devait jouer le rôle de digue abri;

- 4 postes pétroliers, dont 2 adossées à la jetée pour navires de 100.000 et 60.000 TPL;

- Une digue secondaire, 375 m long, enracinée au niveau du point métrique (PM) 1315 de la grande jetée. Il était prévu une passerelle perpendiculaire à la digue secondaire pour permettre l'accès à un terminal composé de deux postes;

- Un terre-plein de 135.000 m², accolé au premier tronçon de la jetée principale, extensible jusqu'à la digue secondaire;

- Une option pour 2 postes à quai de 250 m chacun, à -10 et -12, servis par un terre-plein de 11 hectares.

Le plan du Nouveau port de Mohammedia tel qu'il était projeté en 1979 .  Inadapté aux conditions nautiques, ce projet ambitieux a été abandonné.

Le nouveau port de Mohammedia tel qu’il était projeté en 1987 : on remarque qu’il n’y a plus de quais pétroliers le long de la grande digue. Cette variante a été finalement abandonnée en raison des franchissements qui risquent d’immobiliser les postes, et aussi à cause des possibles tassements du noyau de la digue, incompatibles avec l’élasticité des pipes lines.

L'ouvrage le plus important est la jetée principale, implantée sur des fonds rocheux, qui vont :

-         de + 6,50 à -4,00 m à pour les premiers  800 mètres ;

-         de -4,.00 à -14,00 m pour les 800 mètres suivants ;

-         de -14,00 à  -26,00 m pour les mille derniers mètres.  

Le musoir était prévu par des fonds de  -24 m.

La houle de projet avait les suivantes caractéristiques :

-         hauteur significative : Hs = 9,75 m

-         période : T = 14 à 18s.

La digue était prévue à talus, avec carapace en tétrapodes de densité 2,4 t/m3, de dimensions croissantes de 6,3 m3 à  22 m3 au fur et à mesure que la profondeur augmente.

Pour le musoir de tétrapodes de 22 m3 mais de densité de 2,7 t/m3 et de 2,85 t/m3 étaient prévus en béton alourdi par de la barytine.

Le couronnement était formé par un mur de garde arasé à + 16 m, et par une dalle en béton.

La protection du talus côté port était prévue en enrochements de 2 à 4 tonnes.

Nouveau port de Mohammedia : Profil en travers de la grande digue au niveau du point métrique(PM)1500 ; on remarquera qu'il n'y a pas de mur de garde.

1.3  Actualisation des données de houle

A la suite de l'accident du port portugais de Sinès, et sur la base d'un Rapport d'Actualisation des données sur la houle à Mohammedia préparé par le LCHF à la fin de l'année 1979, de nouveaux critères de stabilité furent fixés. Les profils essayés en modèle réduit devaient être stables (dégâts inférieurs à 5%) pour une tempête d'une durée de 12 heures et de 11.80 m d'amplitude significative (moyenne du tiers supérieur des hauteurs de vagues, notée H1/3). Par ailleurs, il fut convenu de vérifier la stabilité résiduelle de tels profils après un paroxysme de tempête d'une durée de 3 heures et de 25.90 m d'amplitude maximale. La période associée aux plus grandes vagues valait  24 secondes.  

Étant donné le rôle important qu'avait joué l'accident de Sinès dans la redéfinition du projet du nouveau port de Mohammedia, il n'est pas sans intérêt d'en faire un bref rappel.

Orientée Nord-Sud face à l’Atlantique et s’étendant sur un linéaire de 1900 mètres, la digue de Sinès était à l’origine non franchissable; les deux tiers de sa longueur sont établis par des profondeurs comprises entre 40 et 45 mètres. Le site de Sinès étant situé à 500 km au Nord de Casablanca, on peut deviner que la houle y est peut être légèrement plus forte que celle qui règne au Maroc. La houle significative décennale doit y être probablement de l’ordre de 10 à 11 mètres. L’important dans le cas de Sinès, c’est qu’en raison de la profondeur, il n’y a pas de limitation de la hauteur des lames par le phénomène de déferlement. Cette jetée, dont la construction n’était pas encore tout à fait terminée, a été gravement endommagée le 23 février 1978, par une tempête qui a sévi sur une zone de l’Atlantique englobant la péninsule ibérique et les côtes marocaines.

Les renseignements les plus intéressants au sujet de cette houle proviennent des enregistrements effectués au Maroc sur le site de Jorf Lasfar. Ils font apparaître une houle significative de l’ordre de 8 mètres et de 20 secondes de période. Ce qui laisse supposer qu’au large de Sinès, elle était de l’ordre de 9 mètres, la période étant identique.

Les dégâts, très importants, se caractérisent par deux brèches de 300m de longueur chacune et deux, plus petites, d’environ cinquante mètres.

A l’emplacement des brèches principales, l’ouvrage a été arasé à 6m avec basculement du mur de garde vers la mer. Sur 20 000 dolosses de 42 tonnes que comporte l’ouvrage, on estime que 5000 seulement n’ont pas été cassés, alors qu’ils étaient réalisés avec un très bon béton,  non armé et de 400 kg/cm2 de résistance ; de plus, le corps de la digue était constitué d’un excellent matériau, très dur et de densité 2,7 ; ce qui est très élevé.

Les estimations des dégâts varient dans une fourchette allant de un à deux milliards de dirhams en valeur constante.

Parmi les causes de l’accident, on avance qu’il se serait produit un phénomène de réfraction de la houle sur les hauts fonds existant au large de l’ouvrage qui, par effet de focalisation, a pu donner localement des augmentations d’amplitudes de l’ordre de 30 à 40% ; autrement dit, la houle de projet aurait été largement sous estimée, et la période 20 secondes, semble avoir été une surprise.

Pour les concepteurs, c’est la fragilité des dolosses qui est en cause ; ils considèrent que ceux-ci ont commencé par se casser entraînant la ruine de la digue.

L’ouvrage fut alors, provisoirement, consolidé en posant des dolosses armés ; mais il ne s’agissait là que d’un travail temporaire, car ceux-ci devant se fissurer à la suite de chocs, la disparition des armatures un peu plus tard rendrait l’ouvrage de nouveau vulnérable.

A propos des responsabilités, je retiens qu’il y a eu deux courants d’opinion ; les entrepreneurs qui rejettent la faute sur les concepteurs de la digue, et les concepteurs qui accusent le bloc dolos

 

DOLOS :    Plan

fond

élévation

1.4 Essais sur modèle réduit

De nombreux essais à 2 et 3 dimensions ont été exécutés au L.C.H.F. pour déterminer les profils en travers de la digue.

Avec ces nouvelles caractéristiques de houle de projet, il était devenu clair que la réalisation d'une digue non franchissable allait poser de gros problèmes d'ordre technique et économique .

Un calcul préliminaire avait montré que pour satisfaire la condition de non franchissement du profil à la profondeur de (-18 m) , la côte d'arase de la digue devait atteindre la cote de (+21 m), la largeur en crête de carapace était de l'ordre de vingt mètres.

L'étude sur modèle réduit d'une berme de prédéferlement, a conduit sa non faisabilité, aussi bien terme de durabilité qu'en terme de coût.

En effet, neuf variantes furent étudiées pour le dimensionnement d'une avant digue en matériaux de carrière qui devait, en même temps, être suffisamment haute pour écrêter les plus fortes vagues et suffisamment basse pour que les matériaux qui la constituaient ne fussent pas entraînés par les remous engendrés sur le fond par les vagues.

On abandonna alors le projet de digue infranchissable pour celui de digue franchissable.

Pour obtenir la stabilité des profils dans le cas franchissable, les problèmes à résoudre étaient les suivants:

 -  Empêcher que le franchissement résiduel endommage le terre-plein accolé à la digue sur son premier tronçon;

-  trouver une carapace stable, c'est à  dire déterminer la pente de son talus, le type, les dimensions et la densité de ses éléments constitutifs pour un profil ayant une profondeur immergée de presque 30 m à marée haute;

-  Protéger l'enracinement de la digue secondaire pour assurer la sécurité et le passage des pipes;

-  Protéger le talus côté port de la grande digue.

Plusieurs séries d'essais en canal et en cuve furent confiés au LCHF, avec la société SOGREAH comme ingénieur conseil, pour déterminer la partie de la digue pour laquelle on pouvait maintenir les éléments de carapace prévus dans le projet initial et la partie pour laquelle une modification de la carapace était nécessaire.

Dans son premier tronçon, la digue s'étend sur 1315 m et est protégé, en fonction de la profondeur, par des tétrapodes de volumes respectifs 3, 6 , 10 et 16 m3. La variante, dalle de couronnement avec mur de garde, a été adoptée. Mais, en raison de l'importance des franchissements, la hauteur du mur a été revue à la hausse.

Dans cette partie, à laquelle est accolé le terre-plein, il s'est avéré nécessaire d'ajouter, côté port, un cavalier de protection en enrochements pour éviter que les éléments fins du tout venant ne soient emportés par les eaux de franchissement. En d'autres termes ce cavalier assure la fonction de drain. 

Au delà du PM 1315, où la houle agissante provoque des franchissements très importants, une modification de la carapace s'imposa.

Après des essais préliminaires avec des cubes rainurés du type "Antifer" de 100 et 150 tonnes de densité  2.4 t/m3, on étudia des variantes avec des éléments de 22 m3 de volume unitaire, mais de densité croissante jusqu'à 2.8 t/m3. Parallèlement, des essais avec carapace en tétrapodes et en cubes ayant même volume et même densité furent exécutés. La pente du talus était de 4/3 pour les tétrapodes et 7/5 pour les cubes.

Les expériences en canal furent conduits pour une série de 17 tempêtes, avec houle irrégulière ayant un spectre de Pierson-Moskowitz à l'échelle 1/62, en similitude de Froude. La durée de chaque tempête simulée était équivalente à celle tempête réelle, c'est à dire de 12h 25minutes.

La séquence des 17 tempêtes est la suivante :  

Tempête

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

Hauteur houle (mètres)

4.84

5.75

6.7

7.66

8.62

8.7

9.67

9.6

9.55

9.8

10.4

10.4

11.5

11.7

11.5

10.8

14

Période en secondes

14.3

14.3

14.3

14.3

14.3

19

19

17

21.4

21.4

17

19.

21.4

17

20

20

22

Les taux de chute et de rechargement cumulés des cubes ou tétrapodes dans l'ensemble des essais se décomposent comme suit:

Essais

Chutes cumulées

Rechargements cumulés

T22 d=2.8

C.22 d=2.65

C22 d=2.8

C22 d=2.65

C22 d=2.65

45°

30°

P.3A

P.3B

P.3C

P.3D

P.3E

22.2%

44.1%

0.8%

7.3%

2.5%

25%

49%

6%

12%

13%

Ce tableau fait apparaître que la stabilité des cubes rainurés est supérieure à celle des tétrapodes. De plus les tétrapodes sont plus fragiles. Aussi, la solution avec des cubes C22 (22 m3) de densité d=2.65 a été retenue.

Mais l'incidence économique de la barytine sur les coûts de revient du béton, pour porter sa densité à 2,65, était assez importante. A cela s'était ajouté les difficultés d'approvisionnement en barytine. Aussi il fut décidé de revoir à la baisse la densité du béton et de la ramener à  2,55 t/m3. Des essais supplémentaires en canal furent alors exécutés afin de vérifier la stabilité des cubes de C22 (22 m3) ayant pour densité 2,55 t/m3. Après les six premier essais correspondants à une vie de l'ouvrage de 2 à 3 années environ, les rechargements cumulés s'élevaient à 5%.                Quoique mitigée, cette variante fut retenue, tout en sachant par ailleurs que la diminution de densité va s'accompagner forcément d'une augmentation des charges d'entretien.

Au cours des essais en canal on compara un couronnement avec mur de garde à un couronnement avec une berme comportant un mélange de cubes et de tétrapodes.

On constata que cette dernière configuration apportait à une diminution partielle des franchissements grâce à la capacité d'absorption de la berme en cubes et tétrapodes qui présente un indice des vides du 44% environ.

Cette solution, plus souples, car composée d'éléments indépendants, est particulièrement adaptée aux tassements qui sont importants sur le côté mer de la jetée.

1.5 Enracinement de la digue secondaire

L'enracinement de la digue secondaire était prévu au PM 1655, où les fonds au pied de l'ouvrage sont de 18 m.

Ayant constaté pendant les essais que les franchissements étaient très importants à cet endroit, on décida d'implanter l'enracinement de la digue secondaire au niveau du PM 1315.

La digue secondaire en 1984: cette photo montre l'enracinement de la digue secondaire, au fond à gauche on aperçoit le musoir de la digue principale et la grue Manitowoc dont la capacité de levage est de 60 tonnes à 60 mètres. On distingue également un pétrolier à l’abri de la grande digue, en opération sur le sea-line.

1.6 Protection du talus arrière

Pour les digues franchissables, le talus arrière est, en général, protégé par des éléments identiques à ceux de la carapace ; cette solution aurait été très coûteuse pour toute la longueur de la digue .

Les essais en canal et en cuve montrèrent que la protection du talus arrière avec des éléments lourds en béton était nécessaire pour les derniers 250 mètres de la jetée, où la houle diffractée des plus fortes tempêtes avait une hauteur importante ; les enrochements initialement prévus, de 2 à 4 tonnes, constituent une protection insuffisante.

Pour le tronçon de la digue distant plus de 250 m du musoir, plusieurs possibilités furent étudiées.

La solution d'une dalle de couronnement avec un porte-à-faux vers l'arrière fut retenue. Cette variante fut retenue car pour une largeur suffisante les retombées des jets de franchissement a lieu dans la plan d'eau abritée, loin du talus côté port.

Dalle en porte à faux protégeant le talus côté port contre les franchissements en provenance du côté large. Cette photo a été prise au PM 1870. Au loin on distingue un grand tanker en opération au sea-line.

En effet, la largeur du couronnement de la digue fut déterminée de façon que tous les jets des franchissements retombent sur la dalle. Ainsi, à la sortie du porte-à faux les fortes lames auront une vitesse de sortie horizontale.

Les eaux de ruissellement ne posent aucun problème.

Les expériences ont montré que si la largeur de la dalle (et du couronnement) était réduite, il existe un seuil au delà duquel les jets tombaient directement sur le talus arrière, entraînant une forte érosion.

Pour les derniers 250 m les essais en cuve montrèrent que la protection pouvait être obtenue avec une couche  de cubes de 18 m3 en butée de pied entre  -7 à -10 mètres ; l'ensemble reposant sur un lit d'enrochements de 2 à 4 tonnes de poids unitaire.

v

1984 : pose des cubes de 18 m3 (C18) pour la butée de la carapace de la digue principale.

1.7  Musoir

Deux types de musoirs ont été expérimentés :

Un musoir circulaires et un musoir ovale dont l'axe était quasi perpendiculaire à l'axe de la jetée ; pour des raisons économiques et d'exécution, on a maintenu la même taille pour les cubes (22 m3) et la même pente sur le talus extérieur ; on a fait varier la densité des cubes jusqu'à 3.15 t/m3.Cette valeur limite a été retenue pour protéger le secteur 90° à 180° qui est la zone la plus sollicitée. En surface des tétrapodes de 20 m3 ont été disposés de manière à protéger le noyau du musoir des eaux de franchissement qui risquent d'empoter les éléments fins. Ils jouent le rôle de drain.

Le musoir de forme ovale fut retenu.

Vue du musoir de la grande digue en 1984.

2. Mode d'exécution et matériel

2.1 Programme des travaux et cadence d'avancement

Le choix des méthodes d’exécution ainsi que du matériel, a été conditionné par l'impossibilité d'avancer par vois terrestre pendant la mauvaise saison, c'est à dire du mois de novembre à celui de mars. Si on y ajoute la contrainte  d'achever la construction de toute la jetée en quatre ans, cela impose un avancement moyen de 8 m de digue par jour de travail. Ce programme devenait réalisable, si la quantité des matériaux de carrière à mettre en place par voie terrestre, possible seulement de mai à mi-août, était égale à 40% de la totalité : c'est à dire que par voie maritime on devait verser les  60% restants. Ce qui fut fait.

  2.1.1 Avancement par voie maritime

Une pose par voie maritime de 950.000 m3 par an, dont 410.000 m3 de novembre à mars, versés jusqu'à la cote -10 m,  540.000 m3 de avril à octobre jusqu'à la cote (-5 m). La production mensuelle maximale a été de 120.000 m3.

2.1.2 avancement par voie terrestre

-     démontage du musoir provisoire : avril

-     versement de tout venant et d'enrochement ( 630.000 m3) : de mai à mi-août

-    pose des éléments de protection de la carapace : de mai à fin août

-     formation du musoir provisoire : 50.000 m3 de matériaux de carrière et 600 éléments préfabriqués en béton,   de mi-août à mi-septembre .

-     coulage du couronnement en béton : de juillet à mi-octobre

-     finition de la carapace

-    (couronnement) : de mi-octobre à mi novembre.

2.1.3 pose des matériaux par voie maritime

Un poste à quai de 40 m de longueur et 4m de tirant d'eau à basse mer, a été aménagé à l'intérieur du port existant pour le chargement des deux chalands destinés au transport et à la pose des matériaux de carrière constituant le noyau et les revêtements de la jetée jusqu'à la cote (-5 m). Chaque chaland, d'une capacité de 600 m3 et du type à puits avec 10 ouvertures à clapet, est équipé de deux moteurs Schottel de 350 CV chacun. Le chargement des chalands se faisait au moyen d'une grue A.H 11250.

Équipé d'une benne à caisson 25 m3 de capacité, à fond ouvrable pour le chargement du tout-venant ou avec un godet manœuvré par des chaînes pour le chargement des enrochements de 1 à 4t .

Les matériaux légers de la carrière de Bled khétaâ étaient chargés directement par camions utilisant un porte-à-faux à structure métallique.

Les positionnements des chalands se faisaient au moyen du système de radiolocalisation « Motorola » ; ce procédé a permis d'atteindre une précision de l'ordre de un mètre.

Un calculateur, installé à bord, affichait à tout instant l'écart entre le point de déchargement choisi et la position du chaland.

Ce contrôle continu de la mise en place des matériaux par voie maritime, permettait d'avoir en permanence la situation exacte des déversements réalisés.

Les relevés étaient effectués au moyen d’une vedette « pushy - Cat 42 » équipée des appareils suivants:

       -         écho sondeur Deso 20

-         système de radio localisation Motorola avec enregistrement magnétique des données.

-         un calculateur pour la saisie et le traitement des données.

-         1 " track indicateur de chemin" permettant de suivre les alignements prédéfinis.

L'impression sur table traçante était effectuée au niveau des bureaux de chantier.

La hauteur significative de la houle limite d’exploitation était de 3,5 m pour une période correspondante supérieure à 14 secondes. Et de 2.5 à 3 m si les périodes sont inférieures à 10 secondes.

2.1.4.Construction par voie terrestre

Les matériaux de carrière étaient déchargés directement, le plus près possible des limites de l'avancement, et poussés à l’aide d’un dozer CAT D7.

Pour le réglage des couches d’enrochements, on utilisait des grues A.H 7000 ou 9000 .

La pose des éléments préfabriqués en béton pour la formation de la carapace (y compris les éléments C18 de la butée de pied) se faisait au moyen de la de la grue Manitowoc, dont la capacité était de 60 tonnes à 60 mètres. La pose mensuelle maximale atteinte était de l'ordre de 1500 éléments.

Plan de pose des cubes de la carapace.

Dimensions d’un cube

-         volume : 22 m3

-         Côté de la base inférieure : 3,02 m

-         Côté de la base supérieure : 2,79 m

-         Hauteur

Le plan de pose a été étudié de façon à réaliser un indice des pleins de 56% (44% des vides).

Vue faisant apparaître la pose des cubes C22 de densité 2,55 ainsi que le lit d’enrochement naturels qu’ils protègent de l’action érosive de la houle du large.

Cet indice est le résultat d ‘études conduites par le LCHF. Il